Perenbomen bloeien wit / Parce que les fleurs sont blanches

Un extrait, en néerlandais et en français

En quelques phrases, courtes et simples en apparence, l’écriture de Gerbrand Bakker nous emmène dans la sensibilité du monde qu’il évoque, comme ici dans ce passage dans la toute première partie du roman où les trois frères, enfants encore, Klaas, Kees et Gerson, leur père Gerard et leur chien Daan s’apprêtent à aller rendre visite, un dimanche du mois de mai, aux grands-parents… (traduction française de Françoise Antoine)

Op een dag in mei, een half jaar geleden, gingen we met z’n vieren op bezoek bij de vader en moeder van Gerard. Het was een zondag. Het was lente. Gerard kreeg in het voorjaar altijd een beetje heimwee naar de plek waar hij geboren was. Dan hing er iets in de lucht., een geur, herinneringen, kleuren in de zon, wat hem weemoedig maakte. Niet treurig, maar weemoedig, de positieve kant van treurigheid, zoals hij het zelf altijd noemde. De zaterdag voor de bewuste zondag had hij vrij en dus had hij het autootje gewassen. Het grote verschil met andere wasbeurten was dat hij nu almaar stond te snuiven. Alsof hij iets rook wat hij niet thuis kon brengen en daarom bleef snuiven. ‘We gaan morgen naar Jan en Anna,’ zei hij die avond.

‘Dat is goed,’ zeiden wij, want de volgende dag was een zondag en zondag is een dag om iets te doen, want als je niets doet op een zondag is het een vreselijke dag. Een lege dag zonder gebeurtenissen die wordt afgesloten met voetbal op de televisie.

De zon scheen, de vogels zongen, en het autootje stond klaar om ons naar het oosten te rijden. Het was blinkend schoon en rook naar was. Alle vliegenstrontjes, geplette motten en opgedroogde vuile regenspetters waren van de voorruit verwijderd. In de auto rook het naar bos, Gerard spoot er altijd een wolk dennengeur in als hij klaar was met stofzuigen.

Gerson ging zonder iets te zeggen voorin zitten. Daan kroop tussen zijn benen en wij schoven op de achterbank. Gerard deed de achterdeur op slot, hing de sleutel aan de spijker onder de overstekende dakrand van het schuurtje, en stapte als laatste in de auto. Hij draaide zich om en keek ons aan. Daarna keek hij opzij naar Gerson.

‘Daar gaan we,’ zei hij. ‘Is iedereen er klaar voor?’ Alsof we in een speedboot zaten in ruw weer, of op een zware motor, in ieder geval iets gevaarlijks, iets avontuurlijks, en niet in een traag snotkleurig autootje. Met grote bewegingen zette hij hem in z’n achteruit. Als het stuur niet in de weg had gezeten, zou hij zijn knieën het liefst tot kinhoogte opgetild hebben voor hij de koppeling en het gaspedaal indrukte.
‘Daan ook klaar?’ vroeg hij zelfs?
Daan hoorde zijn naam en blafte.
‘Hij zegt ja,’ zei Gerard. ‘We gaan.’

We hebben later geprobeerd ons te herinneren waarover we spraken in de auto die zondagochtend. Het geeft niet dat je van alles vergeet. Je zou gek worden als je alles zou onthouden. Maar er zijn van die dagen, vooral dagen waarop dingen gebeuren die normaal gesproken niet gebeuren, die je nooit zult vergeten. Alles wat er op zo’n dag gebeurt, krijgt een speciale betekenis. Wat vond er precies plaats? Wie zei iets en wat werd er gezegd? Hadden wij iets kunnen doen om het te voorkomen? Regende het? Scheen de zon? Alles, maar dan ook werkelijk alles wordt belangrijk.

Un jour de mai, il y a six mois, nous sommes partis à quatre rendre visite aux parents de Gerard. C’était dimanche. C’était le printemps. À cette saison, Gerard avait toujours un peu la nostalgie de l’endroit où il était né. Il flottait quelque chose dans l’air, une odeur, des souvenirs, des couleurs sous le soleil, qui le rendaient mélancolique. Pas triste, mais mélancolique, le côté positif de la tristesse, comme lui-même l’appelait toujours. Le samedi, veille de ce fameux dimanche, il était en congé et avait donc lavé la petite voiture. La grande différence par rapport aux autres séances de lavage, c’est qu’il n’arrêtait pas de renifler. Comme s’il sentait quelque chose qu’il n’arrivait pas à identifier et qui le poussait à renifler constamment.
« Demain, on ira chez Jan et Anna, a-t-il dit ce soir-là.

-D’accord », avons-nous répondu, car le lendemain était un dimanche et le dimanche est un jour où il faut faire quelque chose, car un dimanche où l’on ne fait rien est un jour horrible. Un jour vide, sans événement, qui s’achève sur du foot à la télé.

Le soleil brillait, les oiseaux chantaient et la petite voiture était prête à nous conduire vers l’est. Elle étincelait de proprété et sentait la cire. Toutes les chiures e mouches, les mites écrasées et les éclaboussures de pluie séchée avaient disparu du pare-brise. Dans l’habitacle, cela sentait la forêt, car Gerard vaporisait toujours un nuage à l’arôme de pin après avoir passé l’aspirateur.

Gerson est allé s’asseoir à l’avant sans rien dire. Daan s’est faufilé entre ses jambes et nous nous sommes glissés sur la banquette arrière. Gerard a fermé la porte de derrière de la maison, a suspendu la clé au clou sous le rebord du toit de la remise et est monté en dernier dans la voiture. Il s’est retourné et nous a regardés. Puis il a regardé Gerson à sa droite.

« C’est parti, a-t-il dit. Tout le monde est prêt? » Comme si nous étions dans un hors-bord en pleine tourmente, ou sur une grosse moto, quelque chose de dangereux en tout cas, quelque chose d’aventureux, au lieu d’une lente et minuscule voiture couleur morve. Avec de grands gestes, Gerard a tourné la petite clé, puis avec des gestes encore plus grands il a enclenché la marche arrière. Si le volant ne l’en avait empêché, il aurait certainement ramené ses genoux jusqu’au menton avant d’enfoncer la pédale d’embrayage et l’accéléeateur. Puis il a demandé : « Daan est prêt aussi? » Daan a entendu son nom et a aboyé. – C’est oui, a dit Gerard. On y va ! »

Plus tard, nous avons essayé de nous remémorer la conversation que nous avions eue dans la voiture ce fameux dimanche matin. Ce n’est pas grave d’oublier certaines choses. À tout retenir, on deviendrait fou. Mais il y a des jours, surtout des jours où il se passe des choses qui n’arrivent pas normalement, que l’on n’oubliera jamais. Tout ce qu’il se passe un tel jour prend un sens particulier. Que s’est-il passé exactement? Qui a parlé et que s’est-il dit ? Aurions-nous pu faire quelque chose pour l’empêcher ? Pleuvait-il ? Y avait-il du soleil ? Tout, mais alors vraiment tout, devient important.


Données bibliographiques
Gerbrand Bakker, Perenbomen bloeien wit, Amsterdam, Cossée 2018 (1999 et 2007), pp. 23-24 ;
Gerbrand Bakker, Parce que les fleurs sont blanches, roman traduit du néerlandais par Françoise Antoine, Paris Editions Grasset & Fasquelle, 2020, pp. 34-37

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